rTMS et anorexie mentale

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Pendant longtemps, la stimulation magnétique transcrânienne (rTMS) a été regardée avec méfiance dans le cadre de l’anorexie mentale (AN). Son effet potentiel  . En effet, chez des patientes déjà hyper-contrôlées, souvent perfectionnistes, on craignait que la stimulation du cortex préfrontal dorsolatéral gauche, une région impliquée dans le contrôle cognitif et l’inhibition des impulsions, renforce davantage les comportements de restriction alimentaire, plutôt que de les atténuer.

De plus, les premières études en rTMS dans les troubles des conduites alimentaires (TCA) semblaient davantage montrer une efficacité dans les formes avec perte de contrôle – notamment la boulimie et l’hyperphagie, renforçant encore l’idée qu’il valait mieux réserver la rTMS aux patientes anorexiques lorsqu’elles présentaient une dépression comorbide, et non pas pour les symptômes spécifiques de l’anorexie elle-même.

Mais cette vision est en train d’évoluer. Une revue systématique et méta-analyse publiée dans Eating and Weight Disorders (Bahadori AR et al. février 2025, Rang C, IF 2.9)  vient bouleverser cette prudence. Elle montre que la rTMS, en particulier lorsqu’elle cible le DLPFC gauche permet non seulement d’améliorer les symptômes dépressifs, mais aussi de faire progresser l’indice de masse corporelle (IMC) et de réduire les cognitions dysfonctionnelles liées au poids et à l’image corporelle.

Bref, cette étude offre un nouveau regard sur le potentiel de la rTMS dans la prise en charge directe de l’anorexie mentale, au-delà de la seule comorbidité dépressive. Un changement de paradigme en perspective.

Une revue de 17 études et une méta-analyse de 9 études

La revue systématique conduite par Bahadori et al. compile les résultats de 17 études portant sur l’efficacité de la rTMS chez des patientes souffrant d’AN. Neuf de ces études ont été incluses dans une méta-analyse. Les cibles cérébrales les plus fréquemment stimulées étaient le cortex préfrontal dorsolatéral gauche (DLPFC), mais d’autres régions telles que l’insula, le cortex préfrontal médian (DMPFC) ou le lobe pariétal inférieur (LPI) ont également été explorées.

Des résultats statistiquement significatifs mais modérés cliniquement

Les résultats sont encourageants : la rTMS est associée à une amélioration significative de l’indice de masse corporelle (IMC) (SMD = –0,255, p = 0,045) et à une réduction notable des symptômes de trouble du comportement alimentaire, évalués par le questionnaire EDE-Q (SMD = 0,634, p < 0,001). L’effet sur les symptômes est plus marqué lorsque les séances dépassent 20 minutes.

Quand on regarde les variations d’IMC avant-après on constate quand même un effet assez modéré à 6 semaines :

  • IMC moyen avant rTMS : 15,96 ± 0,94

  • IMC moyen après rTMS : 16,54 ± 1,15

  • Gains moyens en IMC : +0,58 point d’IM

Cela correspondrait par exemple, pour une patiente mesurant 1m65 à un gain d’environ 1,6 kg sur la période de traitement.

Mais :

  • Cette prise de poids est certes modeste mais elle intervient en parallèle d’une amélioration des symptômes cognitifs et comportementaux liés aux TCA (baisse du score EDE-Q).

  • Ce résultat est d’autant plus intéressant qu’il est obtenu sans traitement médicamenteux spécifique pour l’AN dans la majorité des études, et sur des patientes souvent en échec thérapeutique (formes sévères et durables).

Quels protocoles utiliser ?

Parmi les 17 études incluses dans la revue systématique, la majorité ont ciblé le cortex préfrontal dorsolatéral gauche (DLPFC gauche), avec des résultats plus homogènes et significatifs sur l’amélioration des symptômes de l’anorexie mentale.

Cible principale : DLPFC gauche

  • Fréquence de stimulation : 10 Hz (haute fréquence)

  • Nombre de séances : 20 séances en moyenne

  • Durée par séance : entre 30 et 60 minutes

  • Intensité : généralement à 110-120 % du seuil moteur, même si cela varie d’une étude à l’autre

  • Effets observés :

    • Amélioration du BMI (indice de masse corporelle)

    • Diminution significative du score EDE-Q (troubles des conduites alimentaires)

    • Réduction de l’anxiété et amélioration de la qualité de vie dans certaines études

Autres cibles explorées :

1. DMPFC (cortex préfrontal dorsomédian)

  • Fréquence : 10 Hz

  • Nombre de séances : 20 à 30

  • Durée : 20 à 30 minutes

  • Effets observés : amélioration modérée de l’anxiété, des préoccupations liées au poids et de la dépression. Intéressant en cas de comorbidité avec un trouble dépressif ou un PTSD.

2. Insula (stimulation profonde avec H-coil)

  • Protocole : deep TMS (dTMS)

  • Fréquence : 20 Hz

  • Nombre de séances : 42 séances, 5 jours/semaine sur 6 semaines

  • Durée : 20 minutes/séance

  • Effets observés : réduction des comportements obsessionnels et anxieux liés à l’AN. Tolérance bonne, mais petit effectif (n=8).

3. Lobe pariétal inférieur droit (LPI)

  • Fréquence : 10 Hz

  • Nombre de séances : 10

  • Durée : 10 à 20 minutes

  • Effets observés : aucun effet significatif sur l’image corporelle ni sur le BMI. Cette cible ne semble pas pertinente dans l’état actuel des connaissances.

Limites et perspectives

Cette méta-analyse constitue une synthèse mais certaines limites doivent être soulignées : hétérogénéité des protocoles, faible effectif, manque de groupes contrôle dans certaines études, et données limitées sur le long terme. Par ailleurs il manque certaines données liées aux protocoles qu’il faudra aller vérifier études par études (nombre de pulse notamment, durée des trains/intertrains, etc.)

Malgré ces limites, ces résultats suggèrent que la rTMS pourrait devenir une option thérapeutique complémentaire dans l’anorexie mentale, notamment dans les formes sévères et durables. La personnalisation des cibles cérébrales et des paramètres de stimulation pourrait renforcer son efficacité.

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