La dépression est l’une des premières causes d’invalidité dans le monde, touchant plus de 280 millions de personnes selon l’OMS. Probablement 40 à 50% des patients ne répondent pas aux traitements « standards » (antidépresseurs, psychothérapie) et basculent dans ce que l’on appelle une dépression résistante aux traitements (TRD, treatment-resistant depression). Cette entité est évidemment critiquable puisqu’elle regroupe des patients dont la résistance peut être liée à différents causes (il doit y avoir une 30aine de cause de résistance potentielle, voire plus), mais c’est une population à laquelle on peut proposer des stratégies particulières comme le rappellent les recommandations françaises (AFPBN2024) et internationales.
Ces patients cumulent plusieurs échecs thérapeutiques, des hospitalisations répétées et un risque suicidaire élevé. Les approches dites de psychiatrie interventionnelle (ECT, kétamine, rTMS) offrent des possibilités thérapeutiques, mais posent la question de la durabilité de l’effet : après la rémission initiale, combien de temps les patients restent-ils protégés d’une rechute ?
Le protocole SNT : une approche révolutionnaire ?
Le Stanford Neuromodulation Therapy (SNT), anciennement appelé SAINT, a été développé à l’Université de Stanford par l’équipe de Nolan Williams. Le principe : délivrer en 5 jours intensifs une stimulation magnétique transcrânienne (rTMS) accélérée et individualisée, basée sur :
-
une ciblage précis du cortex préfrontal dorsolatéral gauche grâce à l’imagerie fonctionnelle (fMRI),
-
des protocoles de Theta Burst Stimulation (iTBS), délivrés 10 fois par jour à 50 minutes d’intervalle,
-
un total de 90 000 impulsions en 5 jours (contre 18 000 pour un protocole standard de 6 semaines).
Les résultats initiaux étaient spectaculaires :
-
86 % de rémissions dans une étude ouverte (Williams et al., Am J Psychiatry, 2020),
-
57 % de rémissions dans un essai randomisé contrôlé contre placebo (Cole et al., Am J Psychiatry, 2022).
Nous avions déjà présenté le protocole SNT dans un article précédent : Stanford Neuromodulation Therapy.
Une nouvelle étude sur la durabilité
La question restait entière : combien de temps dure l’effet antidépresseur du SNT ?
Une équipe menée par Andrew Geoly et Nolan Williams vient de publier dans Brain Stimulation (revue de référence internationale en neuromodulation, classée Q1, IF 8.4) les données de suivi à 3 mois des patients inclus dans les premiers essais cliniques contrôlés randomisés.
Méthodologie : 46 patients atteints de TRD (âge 20–79 ans, environ 5 essais d’antidépresseurs au préalable, score de résistance de Maudsley : 9,6) qui avaient reçu un protocole SNT complet (5 jours, SANS traitement de maintenance ensuite) ont été évalués régulièrement par HDRS et MADRS jusqu’à la 12ème semaine. La rechute était définie par une sortie de la rémission pendant au moins 2 visites consécutives.
Les résultats en détail
-
1 semaine après traitement : 70 % en rémission, 78 % en réponse.
-
2 semaines : 56,5 % en rémission, 65 % en réponse.
-
4 semaines : 45,7 % en rémission, 63 % en réponse.
-
12 semaines : 32,6 % en rémission, 37 % en réponse.

Analyse de survie (Kaplan-Meier) :
-
Durée moyenne en rémission : 82,9 jours (≈ 11 semaines).
-
Durée moyenne en réponse : 112 jours (≈ 15 semaines).
-
Aucun facteur (âge, sexe, degré de résistance) n’influençait significativement la rechute.
Comment interpréter ces résultats ?
Ces données sont encourageantes mais montrent clairement la nécessité d’une consolidation et probablement d’une maintenance :
-
En psychiatrie interventionnelle, une rémission sans traitement d’entretien est considérée comme exceptionnel, surtout dans une population aussi résistante : l’ECT et la kétamine nécessitent des stratégies de consolidation également.
-
Ici, 1 patient sur 3 reste en rémission 3 mois après seulement 5 jours de traitement, sans médication supplémentaire. C’est même très encourageant.
En pratique, cela suggère que le SNT peut offrir une « fenêtre thérapeutique » précieuse, permettant aux patients de reprendre une vie normale pendant plusieurs semaines, mais qu’il faudra probablement développer des stratégies de maintenance ou de retraitement pour prolonger l’effet (comme on le fait pour la rTMS classique).
Conclusion
Le SNT confirme son potentiel comme stratégie thérapeutique de 1er plan :
-
Efficacité rapide et massive (plus de la moitié des patients en rémission dès la première semaine),
-
Durabilité cliniquement pertinente (≈ 3 mois),
-
Bonne tolérance et applicabilité dans la dépression résistante sévère.
La prochaine étape sera de préciser la fréquence optimale des retraitements, les modalités d’un entretien « allégé », et les critères de sélection des patients les plus répondeurs.
Pour les patients, cela ouvre la voie à une psychiatrie plus rapide, plus ciblée et moins lourde.
Pour les professionnels, le défi sera de rendre cette approche accessible en pratique clinique, avec des protocoles standardisés, des dispositifs adaptés et un cadre de remboursement.

No responses yet