Il y a des articles qui passent relativement inaperçus, et d’autres qui obligent à s’arrêter, relire, puis lever les yeux de l’écran en se disant : « ok, là il se passe quelque chose ».
L’étude publiée fin décembre 2025 par Ferrulli et al. fait clairement partie de la seconde catégorie. Comparer, sur un an, la perte de poids obtenue avec une rTMS à celle observée sous sémaglutide ou inhibiteurs de SGLT2, chez des patients diabétiques de type 2 obèses… et montrer une efficacité comparable, voire supérieure, c’est tout sauf anecdotique.
Mais avant d’entrer dans le cœur de l’étude, prenons un peu de recul.
1. Obésité : une épidémie silencieuse
L’obésité n’est plus un simple facteur de risque, c’est devenue une pathologie systémique à part entière, aux conséquences médicales, sociales et économiques majeures. En France comme dans la plupart des pays industrialisés, la prévalence du surpoids et de l’obésité ne cesse d’augmenter, touchant désormais toutes les tranches d’âge et tous les milieux socio-économiques.
Sur le plan médical, le surpoids chronique fait le lit de presque toutes les grandes pathologies non transmissibles : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, HTA, stéatose hépatique, apnées du sommeil, certains cancers, troubles musculo-squelettiques… mais aussi troubles psychiatriques, notamment dépression et troubles anxieux, dans une relation bidirectionnelle bien documentée.
Et pourtant, malgré cette gravité, les stratégies de prise en charge restent souvent tardives, fragmentées et insuffisamment efficaces.
2. Quelles stratégies thérapeutiques ?
La prise en charge de l’obésité suit en général une escalade thérapeutique assez classique.
On commence par les règles hygiéno-diététiques : alimentation équilibrée, activité physique, accompagnement motivationnel. Indispensables, évidemment… mais rarement suffisantes seules chez les patients déjà installés dans une obésité chronique, souvent marquée par des mécanismes neurobiologiques profonds de dérégulation de l’appétit et de la récompense.
Vient ensuite la metformine, surtout chez les patients insulinorésistants ou diabétiques. Son effet pondéral est modeste mais réel, et surtout durable.
Puis arrivent les agonistes du GLP-1 (sémaglutide, liraglutide, etc.), qui ont clairement changé la donne ces dernières années. Leur efficacité sur la perte de poids est indéniable… au prix d’un traitement chronique, coûteux, parfois mal toléré, et avec la question non résolue du maintien à long terme une fois le traitement arrêté.
Enfin, pour certains patients, on bascule vers la chirurgie bariatrique, solution radicale mais efficace, qui témoigne surtout d’un constat d’échec des stratégies précédentes. Quand on en arrive là, c’est souvent que le système de régulation pondérale est déjà profondément altéré.
Derrière cette escalade, il y a une réalité simple : le surpoids n’est pas qu’une affaire de volonté ou de calories, c’est un trouble du contrôle, du craving, de la récompense, bref… un trouble cérébral.
3. Contrôle du craving et régulation centrale du poids
Inutile de refaire un « cours » complet sur la rTMS, il y a de nombreux articles sur le sujet sur ce site. On sait ce que c’est, et surtout ce que ça n’est pas : ce n’est pas une technique marginale ou « innovante », c’est au contraire une modalité thérapeutique validée depuis longtemps, notamment en psychiatrie (dépression résistante, TOC, addictions, douleur…) et il n’y a qu’en France que cela semble être une innovation.
Mais ce qui est intéressant dans le champ de l’obésité, c’est le lien avec le « craving » alimentaire (pour rappel, le craving c’est cette « envie irrepressible et incontrôlable » qu’on retrouve habituellement dans les addictions).
Plusieurs travaux ont montré que la stimulation de certaines régions préfrontales permet de moduler les circuits impliqués dans l’impulsivité, la prise de décision et la récompense.
La rTMS est déjà connue pour ses effets « anti-craving » en addictologie, et si on applique cette même logique au troubles pondéraux, on pourrait dire que la rTMS n’agit pas sur le poids comme un “brûleur de calories”, mais plutôt comme un régulateur central du comportement alimentaire, en diminuant les prises alimentaires compulsives, les fringales et la perte de contrôle.
4. Une étude qui bouscule
L’équipe de Ferrulli et al. a publié ce travail dans Obesity, une revue internationale de bon niveau (rang B) dans le champ de la métabolisme et de l’obésité.
Ils ont comparé, de façon rétrospective trois groupes de patients obèses diabétiques de type 2 :
– un groupe traité par SGLT2i (« gliflozin »)
– un groupe traité par agoniste GLP1 (Sémaglutide) 0,5 mg/semaine,
– un groupe traité par rTMS, à raison de 3 séances par semaine pendant 5 semaines.
Tous les patients bénéficiaient d’un conseil diététique standardisé (restriction modérée de 300 kcal/j).
Le résultat principal est franchement spectaculaire : après 12 mois, la perte de poids moyenne sous rTMS est de –8,2 kg, contre –5,7 kg sous sémaglutide, sans différence statistiquement significative entre les deux. Les SGLT2i, eux, font nettement moins bien, avec seulement –2 kg et une reprise pondérale après 6 mois.
Encore plus intéressant : la perte de poids sous rTMS est progressive et durable, sans effet rebond observé sur l’année de suivi.
Bien sûr, tout n’est pas parfait. L’étude est rétrospective, non randomisée, avec des effectifs limités. On ne peut pas encore parler de preuve définitive. Un essai randomisé contrôlé serait évidemment la prochaine étape logique. Mais malgré ces limites, le signal est extrêmement fort.
Trop fort pour être ignoré.
5. Et maintenant ?
Ce travail ouvre une perspective passionnante : penser la rTMS comme une option thérapeutique à part entière dans l’obésité, en particulier chez les patients présentant une comorbidité psychiatrique, un trouble du contrôle alimentaire, ou une intolérance / inefficacité des traitements pharmacologiques.
Sans remplacer les GLP-1, ni la chirurgie quand elle est indiquée, la rTMS pourrait devenir une alternative ou un complément, ciblant directement les mécanismes centraux du surpoids.
En pratique clinique, cela pose une question simple mais puissante :
faut-il attendre encore 10 ans et un RCT parfait, ou commencer dès maintenant à intégrer la rTMS dans des stratégies personnalisées, chez des patients soigneusement sélectionnés ?
Quand une technique non invasive, bien tolérée, déjà utilisée en psychiatrie, montre une efficacité comparable à l’un des traitements les plus révolutionnaires de la décennie en matière de perte de poids… il serait presque irresponsable de ne pas s’y intéresser sérieusement…
La suite est désormais entre les mains des cliniciens, des chercheurs… et sans doute aussi des décideurs.

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